Du coup de foudre, à l’amour qui va jusqu’au bout

Homélie pour le 4e dimanche du temps ordinaire – année liturgique C

Vous avez certainement déjà vécu un coup de foudre, que ce soit en amour ou en amitié, peut-être même pour une idée ou un projet. C’est comme si on devenait tout-puissant : nous avons trouvé ce que l’on cherchait depuis toujours, peut-être même qu’on n’attendait plus; et il nous semble que rien ne pourra jamais éteindre cette espèce d’euphorie dans laquelle nous sommes.

Le problème avec le coup de foudre, c’est qu’il n’est que passager. Après nous avoir sorti de la réalité, voilà que les désillusions commencent à se pointer. Nous avions idéalisé telle personne ou tel projet, mais l’envers de la médaille nous saute aux yeux. Est-ce qu’on a fait le mauvais choix pour autant? Ça se peut, mais pas nécessairement, car il n’y a rien en ce monde qui ne présente pas un côté moins lumineux qu’on aimerait mieux ne pas voir.

Il peut y avoir, dans notre rapport à Jésus, quelque chose du même ordre que le coup de foudre, et que l’Évangile illustre bien. Au début, tout le monde lui rend témoignage et s’étonne du message de grâce qui sort de sa bouche. À la fin, on lui en veut à mort, on devient furieux contre lui jusqu’à le pousser hors de nos vies. Est-ce que ça veut dire que Jésus est devenu moins crédible pour autant? C’est sûr que non. C’est juste qu’une purification de notre regard sur Jésus est nécessaire.

Car suivre Jésus, ça passe par la joie mais aussi par la croix. Le danger, c’est de le balancer hors de nos vies quand viennent les déceptions et les difficultés. On a toujours tendance à prendre Jésus pour ce qu’il n’est pas, c’est-à-dire pour celui qui va toujours nous obéir au doigt et à l’œil, comme s’il était une sorte de génie à notre service.

Qui d’entre nous n’a pas déjà tenté de rejeter Jésus, ou du moins de le punir, parce qu’il ne nous avait pas donné ce qu’on lui avait demandé? Si autrefois on pouvait retourner le Sacré-Cœur face au mur ou sauter ses prières selon l’ampleur de notre contrariété, aujourd’hui, on dirait peut-être : « puisque c’est comme ça, c’est moi qui vais me tourner vers autre chose ». Mais il s’agit du même type de réactions, qui recèle un malentendu sur qui est réellement Jésus.

L’Évangile nous apprend que, dans la vie, vient toujours un moment de vérité qui s’appelle la croix de Jésus et devant laquelle nous devons prendre une décision. Comme au Golgotha, on peut fuir avec les apôtres, crier avec les malfaiteurs ou se moquer avec les grands prêtres. Mais on peut aussi, comme le centurion de l’armée romaine, un païen, se laisser émouvoir par l’amour de Jésus à l’égard de ceux qui pensent le détruire, et s’écrier : « Vraiment, cet homme est le Fils de Dieu! »

La foi en Jésus n’est jamais un long fleuve tranquille. Il y a toujours de ces moments où nous avons à nous positionner devant Jésus et répondre à la question : « voulez-vous partir vous aussi? » En cela, l’expérience des apôtres est éclairante et réconfortante. Oui, ils ont fui dans la tourmente de la Croix, mais ils n’ont jamais poussé Jésus en dehors de leurs vies. Ils ont été déçus pour un moment, ils n’ont pas compris ce qui se passait… Ils se sont dits : « ça ne correspond pas du tout à ce à quoi on s’attendait ». Mais il restait quelque chose au fond d’eux-mêmes qui leur disait que ça ne se pouvait pas que ça se termine ainsi.

Avoir une foi profonde en Jésus, ça ne veut pas dire de ne jamais lui chanter «pouille» de temps en temps. Ça veut juste dire de garder confiance en lui, de croire que même si on ne comprend pas ce qui nous arrive, que même si on est tentés de lui attribuer la cause de nos malheurs, Jésus n’a jamais cessé de nous aimer pour autant, de nous être présent et de nous envoyer la force de son Esprit Saint.

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Saint Paul, dans sa première lettre aux corinthiens, nous parle, non pas d’un amour coup de foudre, mais de l’Amour qui va jusqu’au bout. Et cet amour, c’est d’abord celui de Jésus pour nous sur la croix. Et si on est invités à aimer à la manière de Jésus, ce serait une autre illusion de croire qu’on pourrait y arriver sans lui. Car l’amour dont il s’agit ici, on ne le vit vraiment qu’en partenariat avec Jésus, et ça nous demande de décider de nous tourner vers lui et de compter sur lui.

Robert Richard, prêtre, diocèse de Nicolet, 3 fév. 2013

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